La Dissertation Philosophique Au Bach

Il y a quelques jours, on fêtait les 500 ans de la Réforme. C’est donc l’occasion de se pencher sur Bach qui, deux siècles après Luther et influencé par ce dernier, a donné toute sa forme musicale à cette pensée. Mais c’est aussi l’occasion, pour nous, de nous demander avec Bach, après Bukowski et l’écriture et Virginia Woolf et la lecture il y a quelques semaines : comment se forme une musique ? Qu’est-ce que composer ?

Dans son essai, Bach ou le meilleur des mondes, tout juste paru aux éditions Le Passeur, André Tubeuf veut, comme l’indique le titre, nous faire entrer dans le monde de Bach... car, meilleur ou pas, proche de Leibniz ou pas, c’est en tout cas bien un monde qu’il a construit, tout influencé par la Réforme, c’est bien un monde qu’il a composé et qu’il s’agit de comprendre.

Et là est bien la question, comment, de ses Passions dont la Passion selon Saint Matthieu que l’on vient d’entendre jusqu’à ses Messes, comment a-t-il com-posé ? C’est-à-dire, si on revient au sens premier de “composer”, comment a-t-il mis ensemble, embrassé et rassemblé des éléments épars en un monde qui se tient et se maintient, un ensemble plein, ordonné, harmonieux et qui sonne juste ? Et comment, nous auditeurs, initiés ou novices, peut-on faire partie de ce monde sans en troubler l’harmonie, sans être, non plus, impressionné par celui-ci ?

L’un des interprètes les plus connus de Bach, Glenn Gould insistait sur l’immédiateté : il ne voulait pas d’intermédiaire dans la musique, mais de l’immédiateté, un contact direct, du toucher donc, et du tact sur le piano, d’où cette toccata de Bach.

Et c’est là un des éléments de la composition : mettre ensemble, en un ensemble, des éléments épars, et même contraires, ce n’est pas ajouter des éléments opposés, et les faire tenir ensemble tant bien que mal, mais c’est les faire tenir ensemble, c’est-à-dire sans intermédiaires précisément.

De là, avec Bach, une composition des contraires : de l’immobilité en acte, en mouvement, des variations qui forment un état, une stabilité, et des inventions qui ne sont pas des nouveautés mais des renouvellements de l’ancien, de ce qui était déjà là… et surtout, d’où l’insistance de Gould sur l’immédiateté, de là, une musique qui ne se joue pas comme l’application d’une idée abstraite, mais dont l’idée se forme en même temps que le jeu.

Si l’on récapitule, composer, c’est donc rassembler en un monde des éléments divers et les faire tenir ensemble immédiatement, sans intermédiaires. Mais n’est-ce pas aussi les faire entendre ? Avec cette Cantate 78, entendre devient ainsi comprendre, saisir avec, embrasser le tout de l’œuvre, être pris dans l’élan à son tour…

Mais comment se fait-elle entendre ? La composition doit aussi se tenir dans la forme : celle de Bach s’adapte, comme le rappelle André Tubeuf, elle se fait entendre partout, mais bien entendre, avec beauté. Et en cela, Bach évoque sûrement le meilleur des mondes (et Leibniz), mais il évoque surtout l’ambition que peut avoir toute pensée grâce à la musique : faire monde, le rendre accessible, et même peut-être beau.

EXTRAITS MUSICAUX :

La Passion selon Matthieu
Toccata en ut mineur BWV 911 par Glenn Gould
Cantate 78, Jesu, der Du meine Seele

CONCERT :

Site de la Philharmonie de Paris

Par Adèle Van Reeth

Réalisation : Mydia Portis-Guérin

Lectures : Georges Claisse

Emission en partenariat avec Philosophie Magazine

Le bac est dans trois mois, c’est le moment non pas de souffler, mais de s’étirer et de s’échauffer pour affronter le sprint final. Pour ce sport de compétition qu’est la préparation de l’épreuve de philosophie au bac, les Nouveaux Chemins vous proposent chaque année un remède alternatif au dopage en vous offrant deux semaines spéciales bac philo, pendant lesquelles un professeur de Terminales vient avec sa classe se prêter à l’exercice de la dissertation devant le micro.

La deuxième semaine aura lieu juste avant l’épreuve, début juin, histoire de donner du goût aux révisions de dernière minute, mais la première semaine commence maintenant, avec, pour la première fois, deux émissions spéciales consacrées non pas à la dissertation mais à l’explication de texte qui fait aussi partie de l’épreuve de philosophie au bac.

Aujourd’hui, première épreuve, un sujet de dissertation : le temps est-il essentiellement destructeur, en compagnie d’Alexandra Barral et de ses élèves.

LE TEMPS EST-IL ESSENTIELLEMENT DESTRUCTEUR ?

Analyse du sujet :

Deux sens du mot essentiellement

1) L’essence du temps est –elle d’être destructive par rapport à d’autres caractéristiques qui pourraient être accidentelle. C’est alors une question de définition du temps. Le temps peut –il se définir par son caractère destructeur ?

2) Essentiellement veut aussi dire principalement. Est-ce que la caractéristique du temps destructeur est la plus importante pour moi (dans ma façon de vivre le temps) même si elle n’est pas essentielle du point de vue de la définition.

Problématique

Faut-il redouter le temps comme un ennemi ou au contraire peut-on faire du temps un allié ? Sommes-nous victimes du temps contre lequel il serait inutile de lutter ou pouvons-nous au contraire nous en servir ?

Enjeux : La façon dont nous considérons le temps a une implication immédiate sur la façon dont chacun considère sa vie et agit. Si le temps est considéré comme essentiellement destructeur, alors la vie devient difficile vivre, nous subissons.

Plan détaillé

I Le temps est destructeur parce qu’il est chronophage

1) Le temps est par définition chronophage (mythe de Chronos)

2) Le temps n’existe que pour s’anéantir (Saint Augustin, le passé n’est plus)

3) Le temps biologique est destructeur « Les ravages du temps », le vieillissement (Heidegger)

4) Il ne détruit pas simplement l’homme

L’image du Fleuve (Héraclite) Irréversible "Nous ne nous baignons pas deux fois dans le même fleuve"

.Deux significations

Le « jamais deux fois » Impossibilité de se mettre sur la berge, l’impossibilité de revivre un évènement Chaque instant est unique.

«Le « plus jamais » L’irrévocable. (Nostalgie, regrets, remords…)

5) A l’horizon, la mort.

Transition : Peut être confond-t-on le temps et ce qu’il y a en lui ? L’irréversibilité indique un sens, mais non une qualité. L’irréversibilité marquerait un sens et non une appréciation.

II La neutralité du temps. C’est un réceptacle sans sens (Temporalité essentielle : le présent)

1) Le temps absolu de Newton, indifférent aux évènements qui se passent en lui.

2) Le temps n’est qu’une forme qui permet la connaissance (Kant- Il n'est qu'une forme de l'intuition)

3) Le temps à partir d’Einstein ne fait que compter des successions ou des simultanéités.

4) La question de la réversibilité des phénomènes physiques. Si certains phénomènes physiques sont réversibles, le temps est-il pour autant créateur ?

5) Le temps est ce que nous en faisons. Le temps est limite a priori, mais neutre.

Transition : Si on a la possibilité d’un temps vide, on a la possibilité d’en faire ce que l’on veut. L’irréversibilité du temps peut être vue au contraire comme ce qui rend la création possible.

III Le temps est créateur

1) Le temps commence avec Zeus et non Chronos. Temps cyclique contre temps linéaire.

2) L’irréversible donne sens à la vie

Sans l’irréversibilité il n’y a pas d’impératif du « faire ». Le temps permet tout : chance et non malédiction.

3) L’éternité est ce qui justement n’a aucun sens.

4) L’immortalité ne permet pas la création.

5) Le temps est ce que nous en faisons (Sénèque)

6) Le temps comme durée créatrice (Bergson)

7) L’exemple de l’œuvre d’art comme création absolu et imprévisible nouveauté

Conclusion : l’essentiel du temps n’est pas d’être destructeur mais bien irréversible. L’irréversibilité du temps est bien une caractéristique objective tandis que l’idée de la destruction du temps, peut être considéré comme accidentel en fonction de la subjectivité du sujet qui le considère.

Références proposées par le professeur

- Ovide , Les métamorphoses (1 ap. J.-C.): le mythe de Chronos

- Saint Augustin , Confessions (397-397 ap. J.-C.), Livre XI, § XIV, XVIII et XX : le temps n’existe que pour s’anéantir

  • Martin Heidegger , Etre et temps (1927): l’homme est né pour mourir

- Héraclite (VIème s. av. J.-C.), "Nous ne nous baignons pas deux fois dans le même fleuve"

  • Pascal,Pensées (1669), Brunschvicg 172 / Lafuma 47 : « nous ne tenons jamais au temps présent »

  • Newton , Les principes mathématiques, de la philosophie naturelle (1687): temps absolu et temps relatif

  • Kant , Critique de la raison pure (1781), Esthétique transcendantale , 1ère section : le temps n’est qu’une forme qui permet la connaissance

- Sénèque , De la brièveté de la vie (49ap. J.C.) :le temps est ce que nous en faisons

  • Bergson , La pensée et le mouvant (1934), 1ère partie : distinction temps / durée

  • Bergson , L’évolution créatrice (1907): la durée est créatrice

  • Sartre , L’Etre et le Néant (1943) : la dépendance du passé à l’égard du présent

Références musicales:

  • Alexandre Desplat,Good and evil (BOF Tree of life)

  • Etienne Schwarcz , La tempête du temps

  • Bach , Aria from the Goldberg variations (BOF Le patient anglais)

  • Charles Trenet,La vieille

  • Charles Dumont , Notre éternité

  • Jacques Brel , Vieillir

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  • Crème anti-rides venin de serpent

  • Paul Ricoeur en 1969 sur la mort et l'éternité
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